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les histoires de la fille

Mardi 9 janvier 2007

"L'autre jour à la gare de Langon, y'avait une fille avec un type du même âge. à peu près. Elle riait et parlait beaucoup, lui, il souriait et soufflait sur ses mains à cause du froid. Quand le train est arrivé, il l'a aidé à monter son vélo, elle lui a fait la bise et a rajouté "à bientôt petit Jean". C'était marrant parce que le type faisait facilement une tête de plus qu'elle. Elle a voulu pendre son vélo aux crochets faits exprès mais en le retournant, elle a essuyé la roue arrière sur le pantalon d'un gendarme qui ne se serait pas bouger pour l'aider. Elle s'est excusée avec un sourire jusqu'aux oreilles en remarquant qu'en dehors de cette vilaine tache de boue, le reste du futal était nickel-chrome. Elle s'est assise en face d'une autre fille en lui demandant si ça ne la dérangeait pas. L'autre n'a pas répondu, elle avait un zinzin dans les oreilles. Elle a ouvert un livre et s'est aperçue qu'il n'y avait pas de lumière. Derrière, le contrôleur expliquait à une dame outrée qu'aucun wagon n'avait de lumière ni de chauffage et que cela expliquait la présence de policiers qui étaient sensés assurer la sécurité. Dans le noir? Sûrement... De toute façon, ça n'avait pas d'importance, il ne pouvait rien se passer dans cet omnibus. Elle a ouvert son bouquin en gardant ses mitaines et son écharpe, elle a lu un peu, jusque vers cinq heures et demi et puis après, il faisait trop nuit pour continuer.

Dehors, on distinguait les vignes qui défilaient sous un épais manteau de brume. La fille regardait par la fenêtre et la dame outrée continuait de ronchonner accompagnée d'une autre dame tout aussi langue de vipère.

Le train a fini par arriver en gare de Bordeaux. Quand les gens sortaient, ils ne ressentaient pas le froid leur fouetter le visage, c'était peut-être l'un des rares avantages d'un chauffage en panne. La fille a descendu avec mal son vélo et l'a trimballé jusqu'à la sortie de la gare. Le sac sur le porte bagage était mal fixé mais ça devrait tenir: elle en avait pour une demi-heure maxi. Elle a enfourché son antique deux roues et s'est mise à pédaler. ça actionnait la dynamo avec un petit bruit de crissement. Quel plaisir elle avait de retrouver la ville avec ses rues pavées et ses chauffards... jusqu'à ce qu'un blaireau entame une marche arrière dans une rue étroite sans la remarquer. Elle a donné un coup de guidon et s'est mollement cognée contre une voiture en stationnement avant de finir genoux au sol. Rien de cassé, juste un peu de gravier au bout des doigts, même le sac n'avait pas bougé du porte-bagage. Le gars en voiture a continué sa marche arrière sans se soucier de son état. Elle aurait eu un pavé sous la main, il serait allé s'écraser sur le pare-brise de ce connard. Un piéton l'a gentiment aidée à se relever, par chance il n'y avait pas que des brutes épaisses dans la jungle urbaine.

C'est seulement une fois arrivée chez elle que la fille a remarqué que son jeans était bousillé sur la jambe gauche, il avait servi à essuyer la roue de la voiture contre laquelle elle s'était cognée. Tant pis, elle n'avait pas de quoi se changer et des amis l'attendaient pour dîner. Elle a vidé un verre de flotte, a déposé son sac en bas de l'escalier et est de nouveau partie en vélo. ça montait pour aller vers la Médoquine. Un genre de faux plat. Elle est arrivée ruisselante chez ses amis mais en se disant que le retour serait plus facile."

Par Minitrip
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Dimanche 11 février 2007

"Quand elle est montée dans le métro, la fille pleurait déjà depuis un bon moment. Le temps de sortir du bâtiment grisâtre, de traverser les rues sans regarder si des voitures arrivaient et de s'engouffrer sous terre, elle avait déjà versé pas mal de larmes. ça ne lui arrivait jamais. De pleurer. Encore moins de pleurer dans la rue. Déjà, elle n'était pas capable de pleurer seule dans sa piaule quand le moral passait du côté négatif des températures hivernales alors vous imaginez bien que là, ses larmes revêtaient un caractère plus qu'exceptionnel. Cette incapacité à pleurer de temps en temps comme pour se vider ne lui pesait pas tant que ça, rien de s'accumulait ni sur son coeur ni dans sa tête et forcément, elle n'avait rien à recracher pour les grands jours de déprime. Elle n'avait pas la notion intérieure d'accumulation de l'immatériel. Faut aussi dire que la déprime, ce n'était pas tellement son domaine: elle se levait systématiquement tous les matins avec le sourire jusqu'aux oreilles. Il pleuvait? Elle aimait la fraîcheur de la pluie. Il faisait froid? elle aimait s'emmitoufler dans une écharpe. Il faisait un soleil un plomb? Elle adorait sentir les rayons dorés sur sa peau... alors forcément, quand on aime tout, on ne sait pas ce qu'est la dépréciation de la vie. Non pas qu'elle aima les choses par dépit ou par obligation mais elle aimait les petits riens et trouvait que c'était une manière assez aisée d'être continuellement heureuse. Sûrement imbécile heureuse auraient dit certains. Des "certains" aigris qui ne savent pas apprécier les petits bonheurs aurait elle répondu avec un sourire sincère.

Enfin en attendant, elle pleurait dans une rame de métro. Comme elle n'avait pas prévu le coup, elle farfouilla dans son sac pour y trouver un vieux mouchoir en papier qui avait déjà servi. ça et le bord des manches de son manteau seraient à peine suffisants pour écoper la marée montante qui se déversait de ses yeux. Elle se disait que c'était débile de pleurer comme ça, pour pas grand chose. Pour un mot qui n'avait pas tant d'importance. Pour un "JAMAIS" sec et incisif qu'elle tenterait évidement de contourner par une dérogation. On venait juste de lui annoncer qu'elle n'intègrerait JAMAIS ce diplôme en métier d'art d'ébénisterie, pour une bête question d'âge. à un an près son dossier aurait été accepté. Elle trouvait ça ridicule de pleurer pour ça mais elle trouvait ça encore plus crétin de se faire refuser pour une raison si peu objective.

En face d'elle, un gars la regardait comme une bête bizarre. Mouais, elle devait ressembler à quelque chose de pas joli à voir. Au cinéma, les filles qui pleurent ont juste les larmes qui coulent le long des joues. Elle, c'était différent: ses yeux rouges se boursouflaient de façon croissante, elle tentait sans succès de retenir ses reniflements et son menton tremblait, un peu à la façon des machines à laver en mode essorage. Pas terrible. Elle essayait de se fixer sur les pubs qui jonchaient les quais de la ligne 6 mais rien n'y faisait, impossible d'arrêter les robinets des fontaines lacrimales.

Ce n'est que lorsqu'elle est descendue du métro -et remontée à la surface de la rue- que ses larmes se sont apaisées. Jusqu'à son immeuble, seuls de légers sanglots faisaient encore irruption mais sans réelle conséquence en dehors du fait que pleurer comme ça pendant une demie-heure lui avait explosé le crâne.

Une fois chez elle, elle avait avalé deux comprimés de paracétamol, histoire de calmer un peu le jeu et avait empoigné le téléphone. Maman? Répondeur. Elle lui laissa un message très sobre, lui demandant de la rappeler. Quelques minutes plus tard, le téléphone sonnait. Sa maman avait aussi à lui annoncer quelque chose de pas agréable à entendre: un cousin s'était endormi la veille et ne s'était pas réveillé ce matin. Là, ça faisait beaucoup à avaler. Quelle journée de merde. Il était deux heures de l'après-midi, elle s'allongea sur son lit, ferma les yeux pour avoir moins mal à la tête et finalement, ne les rouvrit qu'à huit heures passées."

Par Minitrip
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Mercredi 28 mars 2007

"Quand elle s'est réveillée ce dimanche matin, la fille n'avait aucune idée de l'heure qu'il pouvait être. Elle a ouvert avec difficulté ses yeux clos par le poids d'une nuit trop courte. Le soleil peinait à pénétrer derrière les rideaux. On était en hiver et malgré toute la bonne volonté du monde (et même de l'univers, c'était le soleil quand même!), il ne pouvait pas faire mieux au niveau luminosité. Elle a risqué un pied en dehors de la couette, il faisait froid.

Juste cinq minutes.

Finalement, ça a duré une grosse demi-heure ces cinq minutes. Et puis, dans un élan incontrôlé, elle a posé ses deux pieds sur le carrelage. Le carrelage glacé. Elle a essayé de viser pour faire entrer ses pieds dans une paire de chaussons mais avec le cerveau encore tout engourdi, ça compliquait la chose. Un ami lui avait fait remarquer que ses chaussons, c'était des chaussons de fée, avec un noeud rose sur le dessus. Elle a souri en y pensant et repoussa la couette de ses épaules. Vraiment, il faisait pas chaud. Si elle ne s'habillait pas tout de suite, elle serait tentée de se réfugier de nouveau dans son nid. Non, ça serait top bête: direction la penderie, un jean, un tee-shirt, un pull.

Maintenant qu'elle était habillée, la fille pouvait traîner, boire son thé à la petite semaine jusqu'à qu'il soit moins que tiède et projeter une sortie hors de l'appart entre deux tartines. Elle a soulevé le rideau, le soleil était toujours là, il l'attendait.

L'ascenceur était particulièrement glauque. Tapissé d'une vielle moquette qui s'imprégnait de la moindre odeur, une lumière blafarde vibrait au moindre acoup... Rien de mieux pour apprécier avec plus d'ardeur la sortie. Par réflexe, elle glissa sa main dans la boite aux lettres. Pourtant nous étions dimanche et elle le savait.

La lourde porte de l'immeuble cachait une rue vide où l'air frais se glissait doucement. La fille serra son foulard et remonta la fermeture éclair de cet épais manteau dans lequel elle aimait s'emmitoufler. à droite ou à gauche? elle choisit à droite pour ne pas débouler directement sur le boulevard et flaner dans sa rue, à regarder les vitrines des magasins fermés. Elle marcha comme ça un moment. Une heure, peut-être deux. Jusqu'à ce que son estomac lui rappelle la dure réalité de la vie. Elle farfouilla dans ses poches. Avec quatre euros et des poussières elle n'irait pas bien loin et se laissa tenter par le glacier à l'entrée du jardin du Luxembourg. Même en plein hiver avec le ventre creux, elle aimait les glaces. D'ailleurs, si le soleil se posait sur ses épaules, ce n'était pas pour la raisonner. Une "mangue-citron-caramel, s'il vous plait". Le glacier a eu l'air un peu surpris, elle venait de le déranger dans ses pensées. à cette époque de l'année, pas grand monde le dérangeait en réalité.

La fille s'est avancée dans le jardin, a choisi une chaise et s'est assise près de la fontaine. Y'avait quelques mômes qui jouaient avec des bateaux en bois ou qui cherchaient à s'attraper les uns les autres. Sans regretter son inscouciante enfance, elle se dit qu'elle aimerait bien être à leur place. Dans un monde de jeu. Un monde qui ne dépareillait pas avec ses chaussons de fée.

Le soleil a, un instant, été caché par un nuage. Il faisait de nouveau froid. Et c'est justement à cet instant précis, la fille s'est dit qu'elle aurait aussi aimé avoir un copain. Ou juste une bouche sur la sienne et une paire de bras pour l'enlasser. Rien que ça. à cet instant précis."

Par Minitrip
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Samedi 21 avril 2007

"La fille parfois, elle est un peu naïve. Et plus encore quand elle croise son voisin du sixième étage, un vieux monsieur plutôt ronchon. Depuis un et demi qu'elle habite là, elle n'a réussi à lui faire décrocher que de vagues grognements en guise de bonjours. Du coup, comprenez sa surprise quand il a interrompu sa montée des marches de la cage d'escalier pour échanger trois mots. Trois mots qui se sont terminés par un "vous viendrez boire un pot chez moi un de ces jours!" ou quelque chose de similaire. Pure politesse entre habitants du même immeuble.

Le lendemain, quand elle a emergé en fin de matinée, S. qui était avec elle (et dont il vaut mieux taire l'identité, c'est pour son bien!) lui a fait remarquer qu'une enveloppe avait été glissée sous la porte. Elle l'ouvre: "Je vous invite à dîner. Il y a d'excellents restaurants à Montparnasse et ailleurs. Joseph, votre voisin du sixième". Même ça, ça ne lui pas mis la puce à l'oreille. Elle a décroché son téléphone et ensemble, ils ont fixé la soirée de dimanche pour sortir, celles de vendredi et samedi étant déjà occupées par des baby sitting.

Un peu plus tard dans la journée, la fille a croisé son voisin de palier, un trentenaire bon vivant. Elle lui a expliqué que c'était marrant ce genre de coincidences: pendant des semaines elle ne voyait personne et là, en deux jours elle le croise à lui ainsi que le môme du troisième, le jeune couple du quatrième et le vieux monsieur du sixième. Et lui a rajouté "oui, faites attention à lui, c'est un pervers!". Bon. Là, la fille, ça l'a faite un peu baliser. En même temps, qu'est ce qu'elle pouvait faire? Elle ne pouvait pas éternellement reporter le dîner. Si ça se trouvait, ce dernier avait dit ça pour rire ou sans fondement. Et puis de toute manière, elle était une jeune demoiselle bien trop polie pour annuler un dîner dont elle venait de fixer la date.

Dimanche, par simple précaution, elle a enfilé un pantalon informe et un pull qui cacherait un tee-shirt encore trop décoleté. En fait, il a fallu cette occasion pour qu'elle s'aperçoive que rien dans son armoire d'été ne faisait très sage. Que des hauts amplement ouverts, aux formes plaisantes mais pas forcément très catholiques. C'était un peu gênant parce que pour cette fin de mois d'avril, le soleil innondait en force le pavé parisien et les températures à l'ombre ne demeuraient plus propices à la survie de la petite laine. Tant pis, elle n'avait pas le choix, c'était pull -léger mais pull quand même- pour toute la soirée.

... la suite un autre jour!

Par Minitrip
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Mercredi 25 avril 2007
"Un peu après 20h, le fameux Joseph est passée la prendre. Il avait mis une veste correcte, une chemise bien repassée et des chaussures vernies. La fille a attrapé les clefs de son appart, rien que ça, les a glissées dans sa poche et a claqué la porte. Lui, il a appuyé sur le bouton de l'ascenseur mais, de peur d'être trop mal à l'aise -on n'est jamais très naturel dans un ascenseur- la fille lui a dit que boarf, on pouvait bien prendre les escaliers pour descendre quand même! En bas, ils ont tourné à gauche vers le boulevard et on traversé la route. La fille a osé un "je ne sais pas où vous m'amenez, je vous suis hein!" un peu hésitant qu'elle n'aurait pas prononcé si elle avait remarqué que Joseph cherchait les clefs de sa voiture. Il avait garé sa petite Fiat à deux pas de l'immeuble.
Là, ne pouvant toujours pas faire demi tour, la fille, elle a commencé à baliser pour de bon. Elle imaginait déjà les gros titres des journaux "
un cadavre féminin découvert au bord de la Seine", "les révélations morbides de l'autospie" "une jeune fille retrouvée nue et égorgée dans un fossé du bois de Boulogne"... enfin plein de trucs comme ça qui remplissent les pages des faits divers et n'intéressent les lecteurs que le temps d'une édition. C'était souvent qu'elle pensait de cette manière: quand potentiellement, il pouvait arriver quelque chose de grave, la fille réagissait immédiatement en terme de titre journalistique. Elle se voyait bien emmenée au fond d'une banlieue lugubre pour une fin tragique. Elle réalisait qu'elle était partie sans portable ni argent ni ticket de métro. Quand je vous ai dit qu'elle était naïve, je pesais consciement mes mots!
Mais la fille est quand même montée dans la voiture en se disant que de toute manière, elle courrait plus vite que lui (à part sous la menace d'une arme à feu) et que bon, faudrait vraiment pas de chance pour achever une si jolie existence comme ça! "
Où est ce que vous m'invitez alors?" "Chez Clément, sur les Champs Elysées". Ephémère soulagement. Tout s'expliquait: un vieux monsieur ne prend pas les transports en commun, c'est trop contraignant. Par contre, quelle idée d'aller là bas, les restaurants pulullent aux abords de Montparnasse! Tout n'était qu'une question de standing.
Le trajet en voiture n'a pas été trop long. Enfin, d'une manière si: trop long quand on n'a franchement pas envie d'être là, sur le siège passager d'un papi qui ignore l'usage du clignotant (elle imaginait d'autres grands titres: "
accident tragique place de l'Alma: le conducteur fautif, un octogénaire, a déboité sur la file de gauche sans prévenir, le carambolage a fait trois morts et deux blessés graves, ce fait divers remet en cause la possession du permis sans visite médicale etc etc... ") mais pas trop long pour qu'il y ait des blancs dans la conversation.
Elle apprit qu'il était divorcé, ancien ingénieur de chez Dassau et qu'il avait toujours habité Paris ; il aimait profondément cette ville. Elle se contenta de quelques explications assez fades sur ses études, ses origines du sud-ouest et son goût pour la campagne.
Il se gara n'importe comment à l'intersection de deux rues et soulagée -chose rare- de poser les pieds sur du goudron, elle s'extirpa de la voiture le plus vite possible."




Suite et fin la prochaine fois. Désolée, j'arrive pas à finir cette histoire pour cause de révisions intensives et en plus, j'ai l'impression que je n'arrive plus à écrire, les mots me manquent, les idées s'emmêlent... bref, c'est le bordel!
Par Minitrip
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Mercredi 16 mai 2007
"Joseph avait prévu de sortir le grand jeu. "Nous allons d'abord prendre l'apéritif au Drugstore". Le Drugstore, sur les Champs Elysées, c'est un bar branché qui fait aussi librairie et épicerie fine, un endroit plutôt huppé, moderne et chic. La fille a commandé un cocktail de fruits, il a demandé la même chose et a fait remarquer que pour un apéritif, c'était plutôt sobre.
Ensuite, ils ont discuté un moment. Elle ne sait plus exactement de quoi ils ont parlé mais pour l'instant ça n'a pas d'importance. Quand il s'est éclipsé pour aller aux toilettes, elle aperçu Bernard Pivot dans un coin du bar. ça vous donne une idée de la clientèle du Drugstore. "Il vient pour draguer" lui a expliqué Joseph. Elle s'est dit qu'il était quand même drôlement bien renseigné. Au moment de régler -deux cocktails à 13euros chacun- il a sorti toute une liasse de billets de 50, il devait bien y en avoir une vingtaine. à la fille, ça ne lui a pas trop plu, elle n'est pas vénale pour deux sous et puis ça la gênait d'étaler ça aux yeux d'un serveur qui devait à peine gagner le smic. Elle a tenté de sourire maladroitement au serveur mais lui n'a pas regardé. Tant pis.
Au restaurant, elle a commandé un steak tartare. Un bon morceau de viande dans l'estomac, ça serait déjà ça de gagné. Ils ont continué à discuter. Les sous entendus de la part de Joseph croissaient. Un simple exemple: elle lui expliquait que lorsqu'elle rentrait chez ses parents, elle aimait bien s'enfiler un bon morceau de viande (décidément!), et qu'elle appréciait en particulier les tripes de porc (bah oui, chacun ses tares). Il s'est lancé dans une explication selon laquelle, quand une tribu de fauves tue une gazelle, les lionnes se servent en premier et laissent la meilleure part, les tripes en l'occurence, au lion. L'explication aurait pu s'arrêter là mais il lui a lancé un regard en coin et lui a demandé "et si vous étiez un animal... vous seriez plutôt lionne?".

Blanc.

à peine déstabilisée, elle lui a répliqué "non non, moi ça serait plutôt panda ou koala, un truc qui dort et qui mange quoi!". Comme ça n'avait pas l'air de le faire rire, elle a ajouté "ou un oiseau, pour pouvoir voir du pays à volonté". Et là, ils sont partis dans le sujet des voyages. Son prochain projet: la Thaïlande. Le pays du tourisme sexuel par excellence pour ceux qui n'auraient pas bien saisi. Elle a essayé de rattraper ça: "ha oui, il doit y avoir de sacrés beaux paysages là bas!" "Vous savez, c'est plutôt la vie urbaine qui m'attire".

Autre blanc.

Et ça a continué comme ça jusqu'à la fin du repas. La fille tentait à chaque fois de détourner les sujets à double sens et lui ramenait sans cesse la conversation à des propos ambigus mais jamais vulgaires. Il a même demandé avec insistance si elle n'avait pas des fins de mois trop difficiles, parce que bon, c'est courru que les étudiants ont du temps mais pas d'argent. Non non, ses parents la gâtaient et en plus, elle arrondissait cette coquette somme par de fréquents baby sitting. "En tout cas, si un jour vous avez un problème. Matériel ou financier bien sûr, vous pouvez sonner à ma porte".
ça commençait à faire beaucoup. Elle a rapidement terminé son steak tartare, délicieux au passage mais elle n'avait pas forcément l'esprit à le savourer, et ils ont quitté le restaurant. Elle pense que les asiatiques deux tables plus loin les ont pris en photo. D'ailleurs, elle ne s'en doute pas, elle en est sûre, elle en est dégoutée. Il a ressorti sa liasse de billets pour payer. La fille s'est dit que par simple courtoisie, on ne payait sûrement pas sous les yeux de la personne que l'on invitait. Enfin pas de cette façon en tout cas.
Dans la rue, elle a pris soin de marcher suffisament à l'écart du vieux pervers (oui maintenant, elle pouvait réellement le nommer comme ça) pour ne pas qu'il la frôle. Dans la voiture, elle a de nouveau calé ses jambes à l'opposé du levier de vitesse. Elle pense qu'il a fait un détour pour la ramener: ils n'étaient pas sensés passer derrière le Trocadéro.
Avant qu'elle descende (par chance, il l'a laissée pour aller garer sa voiture), il a insisté pour lui offrir un verre dans un bar du quartier, pour l'emmener au théâtre. L'idée de se retrouver dans un endroit clos à ses côtés la répugnait.
"Oui oui, après les exams" a-t-elle poliment esquivé l'invitation. Et il est reparti dans ces propositions pas très honnêtes.
"Vous viendrez boire un peu de champagne pour fêter la fin de vos exams!"
"Je n'aime pas le champagne."
"Ha bon, qu'est ce que vous buvez comme alcool?"
"De la vodka, du rhum..."
"Hé bien j'achèterai une bouteille de vodka."
C'était gros comme un camion qu'il ne voulait que l'ennivrer, le principe étant de ne pas forcer les femmes mais de les amener par tous les moyens à être consentantes pour des choses pas très catholiques dont elle préférait ne pas imaginer la nature. Elle lui a fait un signe de la main, lui a tourné le dos et s'est dirigée vers l'immeuble, soulagée de ne pas avoir à rentrer en sa compagnie.

La fille trouvait ça particulièrement déguelasse que ce vieux type s'imagine qu'il aurait un quelconque droit de cuissage à partir du moment où il sortait ses billets."
Par Minitrip
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Mercredi 11 juillet 2007

Ce soir, les parents de la fille reçoivent du monde. Elle donne un coup de main, allume le feu pour la grillade, met la table, prépare l'apéro. La fille fait ça en trainant les pieds parce qu'elle considère que c'est celui qui reçoit qui devrait être chargé de tout ça et non pas une tierce personne sous prétexte qu'elle est en vacances.

La fille tend le bras pour attraper une boite de biscuits salés en haut du tourniquet dans le grand placard jaune de la cuisine. Elle n'y arrive pas. Il lui manque quelques centimètres alors son alliée sera la chaise en paille, obstinément présente dans la cuisine. Je dis "obstinément présente" parce que la chaise en question, c'est précisément celle que la fille a toujours occupé mais où elle pose désormais rarement ses fesses depuis qu'elle habite loin, à la capitale. C'est Sa chaise, celle dans laquelle n'importe qui de mal informé s'accroche les cheveux ou laisse un morceau du pull.

Malgré la complicité évidente entre la fille et la chaise, celle-ci demeure désespérement immobile. Elle l'attrape par le dossier, la rapproche, monte sur la pointe des pieds et atteind enfin ce paquet de biscuits apéro qui la narguait. Elle l'ouvre, commence à disposer les bâtonnets dans un bol et en goûte un. Par gourmandise. Pourrions nous féliciter un tel écart? D'une manière oui: le biscuit a un goût bizarre. Il est mou, trop salé et farineux. La fille récupère la boîte jetée il y a quelques secondes à la poubelle et s'aperçoit que ces biscuits sont périmés depuis octobre 1998. Presque dix ans.

Alors ça la fait marrer. Déjà, en 1999, on avait découvert dans le frigo du ketchup périmé de 1992.

Elle se souvient.

En 98, elle avait les cheveux si courts qu'on l'appelait "jeune homme". En 98, elle faisait endurance avec des baskets à scratch. En 98, son copain était un petit brun à lunettes nommé Xavier et déjà, en 98 elle avait compris la lacheté de certains garçons. En 98, ses copines étaient légèrement boutonneuses mais tellement sympa que dans le bus, elles se battaient pour être à côté les unes des autres.

En 98, la fille avait 12 ans.

Par Minitrip
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Dimanche 14 octobre 2007
La fille elle va vous faire marrer.
Un dimanche, elle a pris le train pour rentrer à Paris depuis Rennes. Comme souvent sur ce trajet, les places en 1ière classe étaient moins chères que celles en seconde. La fille s'asseoit donc dans un grand fauteuil au dossier amovible et avec plus de place pour mettre les pieds devant. Mais bon, vu la taille de ses jambes, ça, elle s'en fout un peu.
Avant le départ, elle écrase ses lèvres contre la vitre pour dire aurevoir à sa maman en faisait une grimace. Puis le train démarre, sa mère ne court pas sur le quai pour faire semblant de le rattraper alors elle prend un bouquin soporiphique et tente de s'immerger dedans.
ça a très bien marché parce que la fille, au bout de quelques pages, s'est mise à piquer du nez et s'est endormie sans s'en apercevoir. Elle a juste oublié qu'à sa gauche, l'autre passager avait laissé là son épaule.

Quelque chose comme un quart d'heure plus tard -elle ne sait pas exactement puisqu'elle dormait- elle s'est aperçue dans un demi-sommeil que sa bouche entrouverte laissait s'échapper un filet de bave qui auréolait disgracieusement la manche de sa veste. Elle a ouvert les yeux. Et merdeuh. Elle venait de réaliser que ce qui lui avait semblé être un confortable oreiller n'était en fait qu'un coin d'épaule appartenant à un inconnu. Excuses. En bafouillant et en s'essuyant le coin des lèvres avec le revers de l'autre manche, celle qui était restée intacte.
 
Comment voulez-vous qu'elle garde un semblant de dignité après cet épisode? Elle non plus n'a pas trouvé de solution alors elle a décidé se rendormir. Dans l'autre sens cette fois-ci, en s'appuyant sur une fenêtre froide.
Par Minitrip
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ho, ça change!

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